Témoignage : Cécile Imbernon – Formatrice

cecileDepuis cinq ans déjà, La Grainerie accueille La Chouette Diffusion et sa fondatrice Cécile Imbernon. Créée en 2011 en Belgique – où la co-fondatrice Marion Lesort est toujours – la structure s’est rapidement développée sur un double réseau. Aujourd’hui, l’expertise de ces chargées de production et de diffusion n’est plus à prouver. Leur crédo : accompagner les compagnies de cirque et d’arts de rue émergentes et développer l’esthétique qu’elles affectionnent. Cécile Imbernon intervient auprès des stagiaires de la formation Orientation aux métiers du spectacle vivant, à Avant-Mardi. Un moment essentiel pour présenter le métier de chargé(e) de diffusion et évoquer la filière circassienne.

Depuis quand intervenez-vous dans les formations d’Avant-Mardi et quel est votre lien avec la structure ?

J’interviens depuis maintenant trois ans à Avant-Mardi. J’ai accueilli une stagiaire pendant six semaines, elle suivait la formation Chargé(e) de production spectacle vivant.

Vous intervenez sur la formation Orientation aux métiers du spectacle vivant. En quoi cela consiste ?

L’idée est de donner un aperçu général du métier de chargé(e) de diffusion en cirque et arts de rue. C’est à la fois un témoignage sur ma manière de pratiquer et à la fois une présentation du réseau dans lequel on évolue. C’est donc une intervention assez large sur les différentes facettes du métier, le régime qui s’y applique, notre quotidien, etc.

Dans cette formation, les stagiaires découvrent le milieu du spectacle. Que souhaitez-vous leur transmettre ?

Mon intervention est davantage portée sur la diffusion que sur le milieu du cirque, car ils visitent déjà La Grainerie pendant la formation. Certes, des spécificités sont appliquées au cirque, mais mon témoignage reste celui d’une chargée de diffusion et de production. Il faut savoir que c’est l’un des métiers les plus facilement accessibles quand on arrive sur le marché du travail dans la culture, c’est donc important à prendre en compte pour des personnes en reconversion. Ce métier est très riche et varié, mais avec plein d’écueils qu’il faut savoir éviter. Je souhaite donner une image réaliste et positive de ce métier qui est parfois un peu dévalué dans le secteur, tout en soulignant ses difficultés et ses spécificités pour que les stagiaires ne s’y engagent pas tête baissée.

Vous avez fondé La Chouette Diffusion. Comment présenter cette structure ?

Nous sommes deux associées : Marion est en Belgique et je vis à Toulouse. Nous travaillons sur la production et la diffusion de compagnies émergentes. Il s’agit d’un accompagnement personnalisé, on les aide à se structurer, à définir leur projet artistique, à mettre en place une stratégie de développement. C’est un projet de mutualisation, une sorte de coopérative. Les compagnies qui tournent bien financent celles qui vont démarrer. Un principe solidaire qui nous permet d’accompagner des jeunes qui n’ont pas de budget. Et plus tard, ces mêmes jeunes financeront les nouveaux, et ainsi de suite.

Pourquoi vous êtes-vous spécialisée dans l’accompagnement des projets émergents ?

Les arts du cirque émergent grandement et sont beaucoup portés par des jeunes. C’est un métier qu’on ne peut pas faire toute sa vie, à cause des contraintes physiques. Les artistes de cirque sont souvent formés à être auteurs en plus d’interprètes. Ils se retrouvent à peine sortis de l’école à créer un projet dans lequel ils font tout : l’administration, la communication, le montage des partenariats, les budgets, ils sont artistes au plateau, metteurs en scène… Et ça fait beaucoup ! Je trouve intéressant de les accompagner avec un regard extérieur et objectif sur leur stratégie, tout en les déchargeant des tâches de production et de diffusion. La Chouette Diffusion a six ans, on commence à avoir un réseau solide et une reconnaissance de la qualité de nos projets. Avec le temps, nous tissons plus facilement des liens de confiance dont les compagnies bénéficient ensuite.

Pourquoi avoir décidé de travailler à la fois à Toulouse et en Belgique ?

Au départ, nous étions toutes les deux à Bruxelles et j’ai fait le choix de venir vivre à Toulouse pour des raisons personnelles. Cela nous permet de travailler sur un double réseau. Le réseau belge et le réseau de la Région Occitanie sont interconnectés : par exemple, des projets européens sont menés entre la Grainerie et l’Espace Catastrophe. Être sur place permet de créer de vrais liens, de connaître les acteurs du territoire et cela ouvre des perspectives en termes de production et de diffusion.

Pourquoi avoir décidé de monter votre propre structure et à quels manques vouloir palier ?

En Belgique, l’intermittence n’existe pas pour les non-artistes. Pour une compagnie, engager un(e) chargé(e) de diffusion est une lourde charge. J’ai commencé à faire ce métier car c’était là que se situaient les besoins. J’ai constaté qu’il n’y avait presque pas de chargés de diffusion spécialisés dans les arts du cirque et de rue, sauf pour les compagnies suffisamment importantes pour en embaucher à plein temps. Il y avait donc un réel besoin chez les jeunes artistes.

Pourquoi avoir investi cette filière particulièrement ?

La forme est libre et nouvelle, mais également très accessible de part la performance physique, l’exploit et l’image des corps.  Il y a encore beaucoup de choses à explorer, le cirque contemporain est un domaine artistique récent. On veut faire des choses pointues qui pourront convenir à un public très initié, mais pour autant l’esthétique peut également toucher un public plus néophyte.

Les interventions à Avant-Mardi sont-elles également une possibilité de développer la filière ?

Je pense que c’est une question d’affinité et de goût personnel. Je me reconnais personnellement dans le réseau du cirque par ses valeurs, mais chacun a ses esthétiques favorites. Il appartient à chacun de trouver la filière dans laquelle il se sent à sa place. Notre région accueille un vrai vivier d’arts du cirque et de rue, nous avons toujours besoin de nouveaux acteurs !

Qu’aimez-vous dans le fait d’intervenir en formation ?

C’est quelque chose qui me plaît énormément. Cela me permet de prendre du recul sur ma pratique et de voir ce que je maîtrise ou non. Je mets en perspective ce qui me semble important, j’éclaircis au maximum les outils pour pouvoir les expliquer, je perçois mes points faibles et mes points forts… Je remets à plat, finalement, toutes les différentes choses que je fais dans mon métier.