Témoignage : Marion Tanyères – Formatrice

IMG_7366Il est parfois difficile d’expliquer son métier. Pour Marion Tanyères, médiatrice culturelle, la polyvalence de ses missions et l’absence de véritable référentiel métier l’ont conduite, avec Avant-Mardi, à la création d’une action de formation destinée à la compréhension et à la transmission de son métier. « Action culturelle et éducation artistique : développer son projet sur un territoire » est donc le projet double de cette professionnelle et de notre structure, dans un désir de former au développement d’actions en faveur de différents publics et de guider les pratiques professionnelles en ce sens. Avec ses mots et son expérience, elle témoigne.

Depuis quand intervenez-vous dans les formations d’Avant-Mardi et quel est votre lien avec la structure ?

J’ai rencontré l’équipe d’Avant-Mardi alors que je travaillais encore en Île-de-France, à l’occasion du Printemps de Bourges. J’avais pour projet de me rapprocher de la région toulousaine. J’ai alors contacté Williams Bloch (directeur d’Avant-Mardi) afin qu’il m’explique comment fonctionnait le secteur culturel régional. Il m’a proposé de concevoir une formation en éducation artistique et médiation culturelle. La structure n’en proposait pas, et c’est mon métier. Cette formation a déjà eu lieu à deux reprises, auprès d’acteurs qui travaillent dans la culture et qui sont amenés à développer des missions d’action culturelle, des chargés de communication, de diffusion, des administratifs. J’ai également proposé une version réduite d’une journée lors de la formation longue Parcours d’Artiste (filière musicale) : il s’agit de sensibiliser et d’accompagner les artistes vers l’éducation artistique en lien avec leurs projets musicaux. 

Comment avez-vous conçu cette action de formation ?

J’ai commencé par me mettre à la place des futurs stagiaires et à m’interroger sur mes propres attentes en matière de formation professionnelle. J’ai ensuite rassemblé un grand nombre possible de ressources pour un contenu à la fois théorique et pratique. Il faut savoir que le métier de médiateur culturel n’a pas de code ROME, il est donc complexe à cerner et très hétérogène dans les faits. Il demande une grande polyvalence car nous sommes à la fois chargé(e) de production, chargé(e) de développement via la recherche de financements, animateur/rice socio-culturel, etc. Il est important de connaître le territoire et les publics ciblés, de savoir quels sont leurs besoins et les ressources à mobiliser. Il y a énormément à travailler la communication orale et écrite pour s’adapter aux publics. Qui dit médiation dit également développement d’outils et de dispositifs. A l’appui de mes propres pratiques et méthodes, j’ai donc assemblé tous ces éléments pour créer un programme assez riche. L’objectif étant de donner les outils nécessaires à la réalisation des missions au quotidien. La dernière journée, nous travaillons sur les projets concrets des stagiaires afin de rendre la formation la plus pratique possible et qu’ils repartent avec du concret… et du boulot ! 

Comment définiriez-vous votre métier, et quelles sont vos missions ?

Il y a une double dimension à prendre en compte dans ce métier. Tout d’abord c’est un travail de bureau avec de la construction et de la rédaction de projets, de la recherche de financements, du suivi administratif. Il demande aussi d’être en veille sur l’actualité générale et professionnelle. Ensuite c’est un travail de terrain : rencontres avec les publics, les partenaires y compris institutionnels, se rapprocher des relais tels que les enseignants, les éducateurs spécialisés ou les médecins, selon que l’on souhaite travailler dans le milieu scolaire, avec des structures à caractère social ou sur des projets culturels dans les hôpitaux ou les prisons. C’est un métier qui demande à être caméléon, une écoute des besoins et la capacité de les transformer en projet, puis de les animer de manière à embarquer les gens dans cette aventure.

Je suis passionnée par la culture étant musicienne. C’est ce qui m’a guidé vers ce métier dès mon premier emploi. J’ai découvert la médiation culturelle par hasard et je ne pense pas pouvoir m’épanouir dans autre chose. Ce qui m’intéresse, c’est de pouvoir se renouveler, d’innover et de faire vivre les projets.

En rapport à l’éducation artistique auprès des lycéens ou des publics spécialisés, comment la culture peut-elle les aider et qu’est-ce que la transmission peut leur permettre d’acquérir ?

Les artistes interviennent de plus en plus en milieux scolaires. Il y a des dispositifs qui sont impulsés par les politiques pour que des actions de médiation et d’éducation artistique se développent (les parcours EAC). C’est d’ailleurs un travail éminemment politique. L’intérêt est d’amener de la nouveauté dans des lieux parfois chargés d’une certaine violence, je pense entre autres pour des élèves en difficulté. J’ai remarqué par expérience que ce sont ces élèves qui se démarquent au sein de ces projets. Ils ont la parole, s’expriment en faisant preuve de créativité et il n’y a aucune bonne ou mauvaise réponse. On est en groupe et on s’amuse : ça semble pas grand chose mais ça a ses effets. Car c’est une manière de travailler et d’apprendre en s’amusant.

Cette année, j’ai repris des études en sciences de l’éducation. C’est ce qu’il manquait à mon bagage car j’ai suivi une formation en gestion de projets.

Qu’est-ce que vous cela vous apporte de transmettre ces savoirs ? Quel est votre moteur ?

Mon métier c’est de transmettre. J’étais vraiment contente lorsqu’Avant-Mardi m’a proposé de réaliser cette formation, car j’éprouve de l’intérêt pour le partage d’expériences. Il y a un véritable enjeu à ce que les professionnels se rapprochent et mutualisent leurs compétences. Je suis toujours en contact avec les anciens stagiaires de la formation que j’ai mené, nous échangeons, c’est très enrichissant. Je n’ai pas construit cette formation de façon descendante, malgré le fait que j’avais un programme dense. C’est un métier qui est mouvant et qui se nourrit des pratiques qui émergent du terrain.

Vous êtes depuis peu coordinatrice culturelle du Service Pénitentiaire d’Insertion et de Probation (SPIP) de Haute-Garonne mais étiez jusqu’alors responsable de l’action culturelle à l’association CRICAO. Quels projets avez-vous développé ?

J’ai travaillé sur le projet « Le Goût des voix ». Une aventure artistique de plusieurs mois, puisqu’il s’agissait d’une expérimentation menée dans le quartier Bagatelle de Toulouse, valorisant les savoir-faire des habitants en matière de cuisine. Aux côtés d’artistes documentaristes et créateurs culinaires, des portraits d’habitants ont été réalisés et mis en scène dans le cadre d’une balade sonore et gustative, qui a eu lieu fin octobre. J’ai également effectué des recherches de financement pour le développement d’une résidence de création en milieu scolaire et en entreprise dans le Tarn. Le projet est lancé avec pour partenaires La Sacem et la Fondation Auchan. J’ai réalisé des formations pour des jeunes en service civique et aussi coordonné d’autres projets, dans le cadre notamment des dispositifs Culture/Justice en milieu carcéral ou « Passeport pour l’Art » en milieu scolaire.

Quels sont vos projets pour l’avenir ?

Continuer de développer des projets qui ont du sens, qui font bouger les barrières notamment sociales et symboliques. Convaincue que la culture a un vrai rôle d’éducation et d’émancipation, j’ai mené cette année un travail de recherche questionnant sa place et son impact, dans le cadre de mon Master en Sciences de l’éducation. Une place qui n’est malheureusement pas acquise et qu’il convient de sans cesse nourrir pour que les pratiques professionnelles soient pleinement considérées. C’est d’ailleurs ce qui me porte lorsque j’interviens en formation !