Témoignage : Nathalie Vinot – Formatrice

IMGP1413Tour à tour chanteuse, comédienne, clown, lectrice, mais également praticienne de shiatsu (massage énergétique japonais), Nathalie Vinot est une artiste hétéroclite. En parallèle à sa pratique artistique, elle anime des ateliers organisés par l’association La Petite pour des femmes en réinsertion et elle intervient sur la formation Parcours d’Artiste pour Avant-Mardi. Dans ses ateliers, elle développe la conscience du corps et le rayonnement de la voix. Elle nous l’explique plus en détails.

Depuis quand intervenez-vous à Avant-Mardi et quel est votre lien avec la structure ?

Je suis intervenante ici depuis quatre ans. J’ai d’abord commencé à travailler avec La Petite, pour Voix ton corps et Dynamique Femmes, en lien avec la Maison de l’Initiative. La Petite ayant un partenariat avec Avant-Mardi sur certaines formations professionnelles et étant moi-même à la fois chanteuse comédienne et formatrice, j’ai naturellement intégré Parcours d’artiste.

Vous intervenez en préparation scénique au sein de la formation Parcours d’Artiste. En quoi cela consiste ?

Les professions du spectacle sont fortement exposées au stress d’une part par le trac lié à la prestation scénique, d’autre part par la précarité et l’instabilité inhérentes à la profession. Il est donc nécessaire de se préparer physiquement, mentalement et émotionnellement, de développer la souplesse du corps et de l’esprit pour renforcer sa présence sur scène et sa confiance en soi. C’est ce que j’essaie de transmettre dans les ateliers « préparation corporelle à la scène ».

Comment se déroulent ces séances ?

Je fais un mélange hétéroclite de toutes mes pratiques lors de mes interventions : des automassages, des échauffements, de la relaxation, des marches dans l’espace pour travailler la verticalité, l’ancrage, le déploiement. Ce sont des sensations spatiales qui vont permettre de se poser, de s’enraciner et de se grandir. J’utilise pour cela « la méthode Tchekhov » (un training pour comédiens) qui aborde les notions de corps énergétique et de corps imaginaire pour apprendre à rayonner, à déployer son corps sur scène, le nourrir d’images fortes pour développer la concentration et la présence. Puis un travail plus vocal sur la respiration et la projection vocale et comment renforcer sa couleur personnelle, la singularité de son timbre.

Qu’est-ce que ces approches sont supposées déclencher chez les artistes ?

Ce sont des outils simples que j’utilise aussi lors de mes ateliers avec les femmes en réinsertion. Ils sont accessibles, ce qui est important pour les musiciens car ils ont beaucoup d’autres choses à gérer. Lorsqu’ils sont sur scène ils doivent rayonner bien plus que dans la vie, et donc avoir accès rapidement à ces techniques. J’essaie d’ouvrir des chemins, d’aiguiser des curiosités car peu de musiciens font un travail corporel, c’est souvent des découvertes et parfois cela leur donne envie de continuer à pratiquer. Ils se rendent compte que leur corps est leur outil essentiel et que plus on affine la conscience du corps, plus on habite l’espace scénique de façon puissante. Et c’est exactement ce qu’on leur demande sur scène.

Qu’est-ce qui vous motive et vous intéresse dans cette transmission de savoir ?

J’ai la sensation que mon parcours de 25 ans peut être utile à d’autres personnes, leur servir à aller mieux ou à découvrir des endroits d’eux-mêmes qu’ils ne connaissent pas ou qu’ils ont oublié. C’est une relation joyeuse que j’aime beaucoup. On est dans une société qui valorise peu le corps de cette façon. Je trouve que c’est important de ramener les gens à leur puissance corporelle et énergétique. Et puis j’ai l’impression de servir socialement, ça me donne une certaine forme de légitimité. Lorsqu’on n’est pas sur scène, on a parfois l’impression d’être invisible. Enfin, les formations me permettent de rencontrer des personnes très différentes, de découvrir la richesse de la jeune scène toulousaine et de rester connectée à ma créativité.

Vous êtes comédienne et chanteuse. A quel moment avez-vous décidé de vous lancer dans la préparation scénique ?

J’ai d’abord animé des ateliers pendant six ans auprès de chômeurs en fin de droits pour Rézi Réseau, puis après une interruption de quatre ans j’ai repris des ateliers avec La Petite. Cela correspondait à une envie différente dans mon parcours après la formation en shiatsu, j’avais envie de pouvoir accompagner des gens en transformation ou en questionnement et de partager mon expérience.

Quels sont les temps forts de votre carrière et quels sont vos projets aujourd’hui ?

J’ai commencé par un trio féminin a cappella, Les Petites Faiblesses, à la sortie de mon école de théâtre. C’était de la chanson française : on écrivait, on composait et on mettait en scène joyeusement, on a tourné 10 ans. Ensuite j’ai écrit et joué un solo : Héliotropolka, une forme hybride entre théâtre, clown et chant. Puis j’ai monté le duo Blumen Bones avec le guitariste et chanteur Victor Mayol. Un road movie musical à partir de chansons en anglais et d’une histoire en français, une balade dans une Amérique mythique peuplée d’icônes blues et rock’n’roll.

Depuis cinq ans, je réalise des lectures en public ou enregistrées, j’ai travaillé pour le Marathon des Mots, Ombres Blanches ou encore Terra Nova. L’année dernière, j’ai rencontré Nathalie Hauwelle de la compagnie Groenland Paradise et nous avons monté deux spectacles jeune public. Le premier s’appelle Papier Ciseaux Forêt Oiseaux, nous l’avons présenté cet automne à Odyssud et au Théâtre du Grand Rond. Le second, Une poignée d’étoiles de Rafick Schami, est une lecture performance pour les adolescents, sur l’histoire d’un jeune garçon à Damas en Syrie qui souhaite devenir journaliste (bourse de création du Marathon des mots 2015)

Et enfin, je suis en projet d’écriture d’un nouveau solo pour cet hiver.

Quels conseils donneriez-vous à des jeunes artistes pour leur pratique scénique ?

D’être au plus près d’eux-mêmes, de rester sincères, de ne pas essayer de rentrer dans un moule mais de défendre leur singularité. Je crois aussi beaucoup en la puissance de la fragilité, la fêlure c’est beau sur scène ! Il faut être fier de ses particularités, avoir envie de défendre sa liberté, cultiver son âme d’enfant, continuer à y croire. On est dans un secteur où il est encore possible d’inventer. Après, s’ils veulent remplir des Zénith, je n’ai pas de recette !