Témoignage : Paco Bialek – Formateur

IMG_7543Illusion & Macadam, structure montpelliéraine accompagnant le développement et la structuration de la filière artistique, est à l’origine de la formation Les outils du chargé de diffusion qu’Avant-Mardi accueille depuis l’an dernier à Toulouse.

Pour orchestrer cette formation nous recevons Paco Bialek, chargé de diffusion et créateur du réseau professionnel C-1 Métier. Son expertise lui permet d’offrir aux stagiaires les outils nécessaires à leurs futures missions, mais également de partager sa vision éthique et ses valeurs quant au métier qui est le sien.

Depuis quand intervenez-vous sur cette formation avec Illusion & Macadam ?

Illusion & Macadam m’a proposé cette formation suite à plusieurs interventions que j’avais mené, notamment sur la boîte à outils du chargé de diffusion. Nous avons réfléchi ensemble à une méthode de développement de ces outils en ajoutant deux jours, l’un sur Excel et l’autre sur le logiciel de gestion de contacts FileMaker Pro.

Que souhaitez-vous transmettre aux stagiaires que vous rencontrez ?

L’idée est de transmettre un savoir-faire et un savoir-être. Cela fait plusieurs années que je suis chargé de diffusion et je me suis rendu compte qu’un certain nombre de mes collègues étaient un peu perdus face aux nombreux outils, dans l’organisation, la diffusion et la communication. Le but de la formation est d’optimiser leur temps avec les outils web 2.0 pour leur faciliter la tâche. J’essaye aussi de leur transmettre un message sur le savoir-être, c’est-à-dire une posture, une manière d’envisager son environnement de travail et de ne pas se formaliser face aux difficultés rencontrées. Il faut savoir gérer les relations avec les professionnels, avec les artistes, et surtout pour les jeunes ne pas s’épuiser trop vite, ne pas se décourager.

Qu’est-ce qui vous a attiré et poussé à faire ce métier ?

C’est un hasard, et j’ai trouvé cette implication intéressante, j’aime m’investir dans la production. Je dis souvent que je suis un homme de l’ombre. La partie où l’on organise et où l’on met en contact les organisateurs et les artistes m’intéresse. L’objectif partagé entre tous est de faire se rencontrer un public et un projet artistique. Quand cette rencontre se déroule bien, je retire de la gratification dans les applaudissements du public à la fin d’un spectacle, même si je ne suis pas sur scène.

Vous faites de la diffusion pour différents secteurs artistiques. Quelles sont les différences ou les convergences de traitement de la diffusion selon les esthétiques ?

Je travaille essentiellement dans les arts de la rue, mais c’est vrai qu’il y a des différences concrètes et déterminantes. Ce n’est pas exactement le même métier que d’être bookeur dans la musique ou chargé de diffusion dans les autres types de spectacles vivants. Les habitudes et les conditions de travail, les logiques et le langage ne sont pas les mêmes. La musique c’est une autre planète, rien que dans le rapport à l’organisateur qui, dans certains cas, détermine lui-même le prix d’un groupe. En spectacle, c’est l’inverse. De même pour les fiches techniques, qui sont en général plus complexes dans le spectacle vivant que dans les musiques amplifiées.

Aujourd’hui, quelles sont vos missions ?

Je travaille à la diffusion du répertoire de la Compagnie Claire Ducreux. C’est une forme transversale de danse et clown, une forme interactive. Elle travaille à la fois en espace public et en salle. Je suis également la Compagnie Cécile Métral, qui fait du mini-fil. La pièce (Le Jardin) est racontée par un personnage clownesque et le fil permet de donner à voir une émotion ressentie par le personnage. Elle monte à quelques centimètres du sol donc il n’y a aucun danger, mais malgré tout l’émotion est telle que lorsqu’elle est sur le fil, le public est silencieux et n’a qu’une peur, c’est qu’elle tombe. Je travaille aussi sur la production de son futur spectacle qui sortira fin 2017. Enfin, je travaille avec la Compagnie d’Elles, basée à La Grainerie à Balma et artiste associée à la Verrerie, Pôle National Cirque d’Alès. La compagnie travaille sur différents projets : espaces publics, salles, publics particuliers, interprètes variés (circassiens, danseurs et comédiens), actions culturelles, etc. Je suis à la fois chargé de production et de développement de la compagnie dans son milieu territorial.

Vous avez également créé un réseau de chargé-e-s de diffusion, C-1 Métier. Quel est l’objectif de ce réseau ?

Rompre l’isolement. On est parfois utilisés comme bons à tout faire dans des structures qui n’ont souvent pas de sous pour payer ce travail effectif. Je me suis dit que partager nos expériences et nous soutenir dans les mauvais moments permettraient aux collègues de ne pas se décourager et de persévérer dans le métier. On le voit beaucoup chez les jeunes, ils s’épuisent en deux ans. Ce métier peut être très bien et beau, il faut juste savoir comment l’appréhender. Je fais en sorte grâce à ce réseau que l’on s’identifie les uns les autres. Cela passe par le forum virtuel mais aussi par des réunions physiques. C’est un réseau national, voire international, nous sommes 1500 et nous existons depuis 2007, il y a des archives que chacun des membres est libre de consulter. Partager les informations permet de se sentir moins seul dans le métier.

Est-ce que la formation permet aussi cette mise en réseau ?

C’était le cas au départ. Le groupe est aujourd’hui arrivé à une certaine maturité qui fait que l’on a décidé de le fermer à 1500 membres. Il n’est déjà pas accessible à tous et fonctionne sur le principe de la cooptation. Cependant avec l’augmentation du nombre de membres, on a remarqué des comportements consuméristes et opportunistes qui ne sont pas les bienvenus sur ce type de réseau. On a préféré revenir aux fondamentaux éthiques et à l’entraide solidaire. Jusqu’ici, je donnais aux stagiaires un moyen d’accéder au réseau. Aujourd’hui, je dois les mettre sur liste d’attente. Lorsque quelqu’un sort, quelqu’un rentre.