Témoignage : Patrick Combalbert – Président d’Avant-Mardi et Directeur du Rio Grande

unnamedSans Patrick Combalbert, Avant-Mardi ne serait pas vraiment Avant-Mardi. Dix-sept ans déjà que le réseau a donné toute sa confiance à celui qui incarne sa présidence. Mais Patrick Combalbert est également le fondateur et le directeur de la salle de musiques actuelles le Rio Grande. A quelques pas de la gare de Montauban, derrière les murs massifs de la salle et avec toute son équipe, il accompagne et programme des artistes et des publics. C’est d’ailleurs dans ce lieu que nous le rencontrons : l’occasion de discuter de sa vision du secteur, de ses objectifs au Rio Grande et sa relation privilégiée avec Avant-Mardi.

 

Depuis quand êtes-vous président d’Avant-Mardi et qu’est-ce que cela signifie pour vous ?

Je suis président d’Avant-Mardi depuis 17 ans. J’aime cette association, elle m’a rendu beaucoup de services et je souhaite lui en rendre autant. Je m’entends très bien avec l’équipe et je suis entièrement d’accord avec le projet. J’ai un rôle d’accompagnement des salariés et de management. On se fait confiance donc tout se déroule très bien. Je suis très satisfait que cette structure existe depuis plus de 25 ans maintenant et qu’il y ait de plus en plus de sollicitations d’adhérents et de porteurs de projets (individus, associations, structures privées ou collectivités…), le budget augmente et l’équipe a du s’étoffer pour répondre à toutes les sollicitations. Seul, je ne serais rien. Je revendique toujours le collectif.

 Vous êtes également le directeur du Rio Grande. Comment définir ce lieu ?

Je suis un des fondateurs et le directeur du Rio Grande depuis sa création. Cet outil est né de ma volonté première de créer un lieu de diffusion et de répétition sur le territoire de ma jeunesse. Aujourd’hui nous faisons également de l’éveil musical, des résidences, de l’accompagnement, de l’aide à la diffusion, de l’aide à la structuration du milieu associatif et aux groupes musicaux. Pendant les vacances scolaires, nous proposons des concerts pour les enfants et des animations pour les ados de 11 à 18 ans. Le principe, c’est qu’ils viennent travailler une semaine avec des musiciens professionnels et à la fin, on organise un filage public. Nous sommes un multi-service qui tend à se développer. J’aimerais pouvoir agrandir le lieu, avoir des cours de musiques actuelles, des salles de formation, une zone d’accueil des artistes en résidences, ainsi qu’un lieu d’accueil permanent pour le public. Je trouve cela cohérent de tout avoir sur un même site. 

Quel a été votre parcours professionnel ?

J’avais un cursus agricole. J’ai arrêté l’école et je suis allé à l’ANPE. La personne en charge de mon dossier n’a pas compris que j’étais dans l’agriculture et m’a envoyé travailler dans une association culturelle. C’était il y a 30 ans, et ce fut une excellente orientation ! Je suis curieux de nature, j’ai donc énormément observé la vie culturelle locale et régionale. Tout m’a plu dans ce secteur. J’ai une âme de leader, rapidement j’ai créé mon association, un club de foot dans lequel nous organisions des concerts pour financer la saison. J’ai commencé à suivre Avant-Mardi et j’ai désiré fonder un lieu culturel. Il se trouve qu’à ce moment là, la mairie de Montauban travaillait avec plusieurs services sur un projet de ce type. J’étais tellement motivé, ils ont décidé que je m’en occuperai et bien évidemment, j’ai dit oui.

Cinq ans après la création du lieu, on a vécu une crise financière, politique et associative. L’association a failli ne pas se relever, on a tout remonté, reconstruit le CA, le projet. Avant-Mardi, ses adhérents et la FEDELIMA ont été très présents. Avant-Mardi, c’est de la solidarité, de la médiation, et je défends cela. Nous ne sommes pas nombreux et politiquement, c’est difficile. Le rôle social d’un espace tel que le Rio Grande à travers les actions culturelles est essentiel. Nous travaillons avec la maison d’arrêt, dans les écoles, à l’université, dans les centres sociaux… Nous organisons aussi des ciné-conférences et des ciné-concerts. Nous allons à la rencontre des publics, nous sortons de notre espace de travail et c’est important.

 Vous êtes également le programmateur de la salle. Quelles sont les esthétiques qui vous sont chères ?

Dans une ville moyenne telle que Montauban, nous n’avons ni les moyens ni le public pour faire ce que l’on veut, on doit s’adapter en permanence. La hauteur de notre scène n’offre pas un espace facile à travailler pour ce qui est chanson, world ou jazz. Nous n’avons pas de places assises en-dehors d’un gradin au balcon (ce n’est pas très confortable), donc nous ne pouvons pas viser certaines esthétiques qui attirent un public d’âge mûr. On en est réellement pénalisés. C’est donc le lieu mais également le tissu associatif et les artistes locaux avec lesquels nous travaillons qui orientent la programmation. Mon rôle est de faire un compromis entre les attentes du public, les tendances et les opportunités qui s’offrent à nous. Je fais donc de la coordination en ayant conscience de tout cela. Il faut savoir que nous sommes une ville de banlieue, très proche de Toulouse, à la différence de Cahors ou d’Albi. Les étudiants partent à Toulouse et le week-end les forces vives du département les rejoignent, cela joue sur la fréquentation donc il faut aussi prendre cela en compte dans le choix des esthétiques de la programmation.

Quels sont les groupes que vous accompagnez et comment cela fonctionne ? 

Je choisis qui nous accompagnons. Ce choix n’est pas restreint localement car je trouve que travailler à l’échelle d’une commune telle que la nôtre n’est pas pertinent. C’est donc un accompagnement régional. Le Rio Grande a travaillé avec des groupes comme KKC Orchestra, Scarecrow, Opium du Peuple ou encore Dirty Fonzy. Cet accompagnement passe par des aides à la structuration, au développement des projets, de la communication, de la création lumière, des mises en situation, etc. J’évite d’avoir des jugements artistiques, bien qu’on me le demande parfois, c’est leur projet et non le mien. L’idée est d’être au service du musicien. Et comme on ne peut pas être au service de tous, on fait un peu de tri selon la qualité de l’esthétique musicale, nos rencontres et, des fois, nos goûts ! 

Pourquoi les dispositifs d’éducation artistique sont importants pour vous ?

L’éducation artistique et l’action culturelle permettent de donner accès à un maximum de gens à la pratique d’un instrument ou à l’écoute musicale. L’objectif est de les sensibiliser à des esthétiques tout en étant un créateur de rencontres. Dans le cas du Concert pour les Minots, j’ai décidé de ne pas organiser un spectacle classique pour enfants, mais de demander à des artistes actuels de repenser leur répertoire pour les 6-11 ans. Et ça a très bien fonctionné ! On essaye d’avoir une démarche authentique, originale et sensible. Il faut dire qu’avec Georges Veyres (le président), nous avons grandi avec les codes alternatifs du Do It Yourself dans les années 80 et 90. A cette époque, les jeunes se sont pris en main pour créer des labels, des associations, des fanzines, des concerts… C’est notre culture et celle que l’on transmet aujourd’hui. Nous ne sommes ni des universitaires ni des élèves du conservatoire, on souhaite simplement proposer quelque chose et permettre au public d’y prendre part.