Témoignage : Yasmine Carlet – Formatrice

14341598_10154534950304810_1463860402_nYasmine Carlet a été consultante en stratégies des organisations culturelles et mécénat et chargée d’enseignement en Master Stratégies Culturelles Internationales (Université Champollion d’Albi). Désormais chargée de développement au sein du cluster MA Sphère, sa vision de l’économie du spectacle et son expertise font d’elle une formatrice privilégiée au sein d’Avant-Mardi.

Depuis quand intervenez-vous à Avant-Mardi et quel est votre lien avec la structure ?

J’ai commencé à intervenir en 2011 dans la formation Production de spectacle vivant, sur les partenariats privés dans le spectacle vivant. Avant-Mardi savait que j’étais consultante et formatrice en ingénierie culturelle, notamment parce que j’y avais effectué un stage dans le cadre d’une formation en administration de projets culturels à l’OGACA (Strasbourg). Ils ont suivi le démarrage de mon activité.

Quel est le lien entre MA Sphère et Avant-Mardi ?

Le projet du cluster MA Sphère a été initialement porté par des membres toulousains du réseau Avant-Mardi, qui étaient en recherche d’un espace de travail à mutualiser et dans lequel ils pourraient créer une dynamique collective.

Comment vous définiriez le projet du cluster MA Sphère ?

Il s’agit d’un regroupement, au sein d’une entité, d’entreprises d’une même filière et sur un territoire géographique commun pour favoriser leur développement. Par la somme de ses adhérents, un cluster doit représenter une chaîne de valeurs pour mobiliser les compétences et les ressources indispensables à la croissance de la filière. C’est le cas du cluster MA Sphère pour le secteur culturel et créatif. On est un regroupement de structures en majorité issues de la filière musicale, dans une volonté de mener des projets de mutualisation, de coopération, de recherche et d’innovation pour favoriser les changements d’échelles. Le tout avec un fort ancrage sur le territoire métropolitain, en résonance avec ses enjeux et en coopération avec ses acteurs institutionnels et économiques.

Comment se concrétisent ces projets de mutualisation et de coopération ?

Le projet du cluster est en soi un projet de coopération puisque sa création a mobilisé plusieurs structures/projets partis du terrain. La mutualisation d’espaces de travail se concrétise au Metronum depuis son ouverture en 2014, mais tous les adhérents n’ont pas pu y être regroupés et installés. Nous sommes sur le projet d’un second lieu mutualisé à Toulouse, avec cette envie de se regrouper ensemble autour d’un vrai quartier de la création et des industries culturelles. Les coopérations se manifestent par des projets menés en commun dans le cadre d’appels à projets et de prestations créatives. Nous sommes également engagés dans l’innovation sociale et technologique. Nous menons notamment un projet d’envergure autour de l’égalité professionnelle hommes/femmes dans la filière culturelle et créative, soutenu par le Fonds Social Européen.

On accompagne également les adhérents par le conseil, l’information et l’organisation d’ateliers techniques. Enfin, on assure l’animation du réseau et la relation avec les autres secteurs de l’économie. On est promoteur, animateur et entité structurante des industries culturelles sur le territoire régional. A ce titre, on organise par exemple la déclinaison toulousaine du forum de l’entrepreneuriat culturel.

Quelles sont vos missions au quotidien ?

Je suis chargée de développement. J’ai pour mission de mener à bien le projet validé de la structure et donc de mettre en œuvre les activités, d’en développer des nouvelles, de rechercher des financements, d’être en relation avec tous les partenaires publics et privés du cluster et d’organiser les échanges avec le milieu de la recherche et de l’université. J’assure également la gestion de la structure.

Le développement de réseaux comme le cluster ou celui d’Avant-Mardi sont nécessaires selon vous ?

La coopération est nécessaire dans toutes les filières. J’ai récemment assisté à une rencontre sur la filière du BTP, et ils en viennent aux mêmes conclusions. On est dans une situation d’uberisation incontrôlée depuis 15 ans dans l’industrie musicale, avec une forte présence de grands groupes peu nombreux et une myriade de petites entreprises. Elles sont réactives, avec une longue durée de vie tout en étant fragiles et limitées dans leurs capacités à innover et à mener des projets d’envergure. Il y a une nécessité économique d’arriver à travailler ensemble pour faire face, et c’est particulièrement vrai dans cette filière. Pour des raisons structurelles, mais aussi parce qu’en France nous sommes dans une forte mutation des relations avec les financeurs publics.

Le secteur des musiques actuelles a toujours été en lien avec l’industrie des musiques amplifiées. C’est un secteur qui est dans l’utilité sociale et l’intérêt général par sa proposition, mais également dans l’entrepreneurial. Le fait d’aller capter des modèles de l’économie de l’industrie, tel qu’un cluster, et de les mettre à notre sauce autour de projets coopératifs est stimulant.

Vous interveniez dans la formation Production de spectacle vivant à Avant-Mardi sur les partenariats privés et le mécénat. En quoi consistait cette intervention ?

Les financements privés sont nouveaux dans le spectacle vivant et, dans les musiques actuelles, souvent destinés aux festivals, tous les projets ne sont pas visés. Certains ont aussi des objections à l’idée de travailler avec le secteur privé. L’idée est de leur donner les bases juridiques et fiscales, qu’ils comprennent bien la différence entre le mécénat et les partenariats commerciaux, les enjeux pour les entreprises et les associations et qu’ils aient une première approche de la pratique des financements privés. Souvent, les stagiaires ne veulent pas se destiner à être responsables des partenariats, mais c’est nécessaire de leur présenter. Il est surtout nécessaire qu’ils les comprennent.

Comme vous le disiez, le secteur culturel est constitué de petites structures à l’économie parfois précaire. Pourquoi le financement privé est-il important ?

Ce n’est pas aussi simple, il y a un intérêt économique mais le discours peut être dangereux, c’est une solution qu’il faut savoir pratiquer au mieux. L’intérêt de ces financements est que les projets du spectacle vivant s’y prêtent bien. La plupart des événements sont locaux, et 80% des mécènes interviennent sur leur territoire. Ils offrent des places aux salariés, se montrent avec les institutions, leurs amis entrepreneurs, etc. Il faut se saisir de ces convergences pour proposer des coopérations. Cela valorise un territoire, le fait vivre. Un festival est un acteur économique et les entreprises d’un territoire veulent dynamiser un territoire de vie, alors pourquoi s’en priver !

Vous intervenez à Avant-Mardi et êtes enseignante en économie culturelle à l’Université Champollion d’Albi, vous avez auparavant travaillé comme consultante et formatrice… Qu’est-ce qui vous intéresse dans le fait de transmettre votre savoir ?

Mon domaine nécessite beaucoup d’expérience de terrain. Je leur donne des clés difficilement accessibles sans pratique préalable, des exemples concrets de mes réussites et de mes échecs. C’est quelque part un moyen de passer le relais, puisque je ne fais plus ça aujourd’hui. Il y a peu de consultants ou de personnes attachées à des festivals, c’est donc une ressource à capitaliser et à transmettre. Cela requiert d’avoir des compétences un peu commerciales : bâtir un argumentaire téléphonique, préparer des objections, tenir un fichier de prospection, etc. Les financements privés ont un côté inventif, innovant, moins contraint que la subvention publique… J’aime transmettre cela aux étudiants et aux stagiaires.